Tunisie - Rapport annuel 2007

Publié le par kurt cobain

Tunisie - Rapport annuel 2007

Dans le pays du président Zine el-Abidine Ben Ali, les journalistes indépendants ou d’opposition sont empêchés de travailler par tous les moyens. Surveillés et harcelés, leur liberté de mouvement est chaque jour un peu plus restreinte.



Après avoir passé quinze ans dans les geôles tunisiennes, l’ancien directeur de l’hebdomadaire Al Fajr, Hamadi Jebali, est désormais soumis à une étroite surveillance. Les toits et terrasses de ses voisins ont été investis par des agents de la Sûreté de l’Etat qui contrôlent ses moindres faits et gestes et l’espionnent dans son intimité. Cette surveillance a atteint son paroxysme en novembre 2006 lorsque des policiers ont empêché le bon déroulement du mariage de la fille du journaliste. Hamadi Jebali fait partie des 1600 prisonniers politiques ayant bénéficié d’une grâce présidentielle, le 25 février 2006. Il avait été condamné en 1992 à seize ans d’emprisonnement pour "appartenance à une organisation illégale" et "volonté de changer la nature de l’Etat".

Les familles de journalistes emprisonnés, qui se battent pour que leur proche ne tombe pas dans l’oubli, sont soumises à de nombreuses pressions. Avocat et défenseur des droits de l’homme, Me Mohammed Abbou est incarcéré depuis mars 2005 pour un article critique envers le chef de l’Etat diffusé sur Internet. Depuis qu’elle a mené, le 13 août 2006, une grève de la faim pour demander la libération de son mari, les allées et venues de Samia Abbou sont scrutées par une armada de policiers postés devant le domicile familial et n’hésitant pas à en bloquer l’accès à certains visiteurs. Deux journalistes, Slim Boukhdir et Taoufik Al-Ayachi, ont été malmenés, le 16 août, alors qu’ils se rendaient chez elle afin d’y réaliser une interview. Le 26 octobre, Mme Abbou a été menacée, devant ses enfants, par des agents armés alors qu’elle tentait de regagner sa maison. Terrorisée, elle n’a pas osé rentrer chez elle et s’est réfugiée chez des amis. Enfin, le 7 décembre, sur la route de la prison du Kef (à 170 km de Tunis), où est détenu son mari, elle a été agressée à deux reprises par des groupes de jeunes, sous le regard impassible de la police. L’opposant politique Moncef Marzouki, le journaliste Slim Boukhdir et l’avocat Samir Ben Amar, qui l’accompagnaient, ont subi le même traitement. Les journalistes étrangers qui se rendent en Tunisie sont souvent empêchés de travailler librement. Lors de son séjour au mois de novembre, le journaliste algérien, Meddi Adlène a, par exemple, été constamment suivi par un groupe de six policiers en civil tandis que d’autres agents se sont déployés autour de son hôtel. Si les services de renseignements n’ont pas interrompu ses entretiens, leur visibilité et leur proximité avaient pour but d’intimider ses interlocuteurs. Par ailleurs, la journaliste française Léa Labaye, du site Bakchich.info, a été refoulée de Tunisie, le 16 septembre, sans aucune explication.

La Tunisie a également appliqué des mesures de censure à l’encontre de publications “offensant l’islam”, suite à l’affaire des caricatures de Mahomet, publiées en septembre 2005 dans le quotidien danois Jyllands-Posten. L’édition du 19 septembre 2006 du quotidien français Le Figaro, comportant un article signé par Robert Redecker et intitulé “Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ?”, a été interdite en vertu d’une loi relative à la protection de la religion. La même loi avait déjà justifié, en février, la saisie du journal France Soir reproduisant les caricatures controversées.

Des blogueurs harcelés

La Tunisie a eu l’honneur d’organiser, en novembre 2005, le Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), grand événement onusien pour aborder l’avenir d’Internet. La politique du président Zine el-Abidine Ben Ali en matière de Réseau est pourtant l’une des plus liberticides de la planète. L’ensemble des cybercafés sont contrôlés par l’Etat. Ces derniers filtrent le Net et sont étroitement surveillés par la police. Impossible par exemple de se connecter en Tunisie au site de Reporters sans frontières. Les services de sécurité harcèlent en outre continuellement les blogueurs indépendants et les responsables de sites d’opposition, afin de s’assurer que l’autocensure règne sur la Toile tunisienne.

source : www.rsf.org

Publié dans tunisie

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