A Tunis, les opposants cessent la grève de la faim


LES SEPT GRÉVISTES de la faim ont abandonné leurs tisanes sucrées et leurs matelas posés à même le sol dans deux pièces exiguës du cabinet d'un avocat de Tunis. Amaigris d'une dizaine de kilos mais apparemment en bonne forme, ils ont revêtu leurs habits de ville pour annoncer la fin de leur mouvement entamé voici trente deux jours. Une foule de sympathisants se presse dans l'escalier qui mène au troisième étage du minuscule appartement occupé par les contestataires. Des dizaines de policiers en civil maraudent dans les ruelles avoisinantes de ce quartier du centre-ville situé à quelques pas du ministère de l'Intérieur.
«J'invite mes camarades à rompre le jeûne», annonce le magistrat dissident Mokhtar Yahyaoui devant un parterre de diplomates et d'observateurs étrangers venus à Tunis assister au Sommet mondial sur la société de l'information, la grande messe onusienne destinée à combattre la fracture numérique.
Ses compagnons dégustent des dattes offertes par Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix 2003. L'avocate iranienne, qui a plaidé leur cause devant le SMSI, est venue la veille leur demander de mettre un terme à leur action. «Votre objectif a été largement atteint et le message est parvenu au monde entier», a-t-elle estimé.
Si les opposants tunisiens ont réussi à faire parler d'eux, ils sont loin d'avoir atteint leurs objectifs. Composé d'un juge, d'un journaliste, de responsables de petits partis politiques et de militants des droits de l'homme proches de la mouvance islamiste, le groupe réclamait la liberté d'information, d'expression et d'association, la libération des prisonniers politiques ainsi qu'une amnistie générale.
Les autorités ont estimé les revendications «dénuées de substance». Elles ont également accusé les grévistes de la faim d'avoir monté une «mise en scène» pour nuire à l'image de marque de la Tunisie. Pas question donc d'alléger la chape de plomb. «Le verrouillage et le filtrage de l'Internet viennent même de connaître une nouvelle étape avec la création d'une liste noire de numéros de téléphone. L'agence tunisienne d'Internet, l'ATI, bloque et ralentit depuis un mois via des filtres et des pare-feu, l'accès à la toile à certains particuliers», dénonce Nadia Omrane, la rédactrice en chef d'Alternatives citoyennes, un journal en ligne dissident.
Mais les grévistes de la faim veulent, eux, retenir l'«élan de solidarité» qui a entouré leur initiative. Ils se félicitent du rapprochement entre les différents courants de l'opposition. Une évolution qui s'explique notamment par le retour larvé, via des partis légaux, des associations de défense des droits de l'homme et des syndicats, des militants islamistes dont le parti historique Ennahda est interdit depuis une quinzaine d'années.
Chape de plomb
tunisie source http://www.lefigaro.fr/international/20051119.FIG0116.html?222806