Le Sommet sur l'information profite surtout aux opposants tunisiens

Publié le par kurt cobain

Le Soleil (Québec)
Opinions, mardi 22 novembre 2005, p. A17
Analyse

Le Sommet sur l'information profite surtout aux opposants tunisiens

Moalla, Taïeb
L'auteur est journaliste indépendant. Il réside à Québec.



Le Sommet mondial sur la société de l'information (SMSI), dont la seconde phase s'est déroulée la semaine dernière en Tunisie, sous l'égide de l'ONU, a permis d'éviter l'implosion sur l'épineux problème de la gouvernance d'Internet. Des pistes ont été trouvées pour résorber la "fracture numérique" entre les pays du Nord et ceux du Sud. Ceci dit, c'est la question des libertés publiques dans le pays hôte qui a retenu le plus l'attention.



"C'est comme si on organisait un congrès sur la sexualité au Vatican, une réunion internationale sur les droits de l'homme en Corée du Nord ou un séminaire sur le développement durable au coeur d'une centrale nucléaire".



Ces déclarations de personnalités scandalisées par la tenue du SMSI dans un pays répressif ont fait les délices de la presse occidentale, présente en masse à Tunis. Il est vrai que les autorités tunisiennes n'ont pas fait dans la dentelle. Un journaliste du quotidien français Libération a été agressé, vraisemblablement par des policiers en civil. Une équipe de la Radio-Télévision belge francophone a été violentée tandis qu'une autre de TV5 était constamment pourchassée et empêchée de faire son travail. Le secrétaire général de Reporters sans Frontières, Robert Ménard, a été refoulé à son arrivée au pays pour d'obscures raisons juridiques.

Hermétique aux critiques, le pouvoir tunisien a choisi de nier ces exactions. Des dénégations aussi grotesques que maladroites puisque les communiqués officiels étaient directement acheminés aux agences de presse accréditées à Tunis, par une "source gouvernementale anonyme".

Les centaines de journalistes et de communicateurs ont pu constater de visu les brimades quotidiennes décrites par les défenseurs des libertés publiques. Ils ont découvert une presse locale rompue à la langue de bois et au culte de la personnalité et se sont rendu compte de l'absurdité de la censure d'Internet. Outre les dizaines de sites de l'opposition et ceux des organisations internationales spécialisées dans la défense des droits, l'interdiction frappe aléatoirement les courriels offerts gratuitement par des moteurs de recherche, dont le populaire Yahoo. Un site aussi peu subversif que celui du département de sexologie de l'UQAM est bizarrement impossible à consulter depuis la Tunisie.

Dans ce contexte, la grande fête voulue par les autorités tunisiennes - qui ont donné trois jours de congé aux fonctionnaires, aux élèves et aux étudiants pendant cet événement placé sous très haute surveillance policière - a été gâchée. La diffusion en direct à la télévision locale de la cérémonie d'ouverture a été subitement interrompue au moment où le président suisse, Samuel Schmid, affirmait : "qu'il n'est pas acceptable que l'Organisation des Nations unies compte encore parmi ses membres des États qui emprisonnent des citoyens au seul motif qu'elles (sic) ont critiqué leur gouvernement ou leurs autorités sur Internet ou dans la presse (...) Il va de soi qu'ici à Tunis, dans ces murs mais aussi à l'extérieur, tout un chacun puisse discuter en toute liberté ." Quand on sait que sept dissidents tunisiens observaient au même moment une grève de la faim visant à défendre la liberté d'expression, ces propos prennent tout leur sens.

La Prix Nobel de la paix iranienne, Shirin Ebadi, a également été "zappée" pendant qu'elle dénonçait : "les gouvernements non démocratiques (qui manipulent) les prises de décisions dans les instances internationales en envoyant des ONG "qu'ils ont eux-mêmes créées et qui transmettent de fausses informations sur la situation dans leur pays." Encore plus mordante, la délégation états-unienne a exprimé sa : "déception de voir que le gouvernement tunisien n'a pas tiré profit de cette importante manifestation pour démontrer son engagement pour la liberté d'expression et de réunion en Tunisie".

Outre la question de la liberté d'expression, le contrôle de l'Internet a vu s'opposer deux visions. Les États-Unis militaient pour conserver les immenses prérogatives d'Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN), une entreprise californienne qui dépend du gouvernement fédéral états-unien.

Cette société gère l'attribution des suffixes d'adresses Internet, comme les ".com", "," ".org" ou les ".ca" . Selon les experts, ce gendarme du Net peut tout à fait débrancher un pays du réseau mondial en réorientant les adresses liées à son suffixe. Un cas de figure qui ne s'est encore jamais produit, mais qui pourrait être motivé par des conflits militaires, politiques ou économiques (vivement le règlement de la crise du bois d'oeuvre !).

Face à cette situation, des pays comme la Chine, l'Iran et le Brésil ont menacé de créer leur propre réseau concurrent. Une perspective qui aurait pu déboucher sur une" balkanisation "d'Internet en minant son aspect universel.

Finalement, un compromis a été trouvé à Tunis. Il fut convenu de créer un forum international, dont les décisions ne seront cependant pas contraignantes, destiné à discuter des questions relatives à l'Internet, sans toucher au statut actuel de l'ICANN. S'il ne fait que repousser le règlement du problème de la mainmise états-unienne, cet accord a au moins le mérité d'avoir évité l'implosion de la Toile. Mais jusqu'à quand ?

Un ordinateur à 100 $

Le plus grande réunion de l'histoire de l'ONU (19 401 participants) a aussi permis le lancement de quelques prouesses technologiques destinées à réduire le fossé numérique dans le monde. L'innovation la plus spectaculaire a été l'oeuvre de Nicholas Negroponte, un chercheur au Massachusetts Institute of Technology. Il s'agit d'un petit ordinateur (de la taille d'un livre) au coût de 100 $ US . Surnommé "la machine verte", ce portable est exclusivement destiné aux enfants des pays en voie de développement. Il peut être alimenté par le courant électrique ou bien à l'aide d'une manivelle disposée sur le côté droit du clavier. Sa commercialisation pourrait passer par les ministères de l'Éducation des pays concernés.

Même s'il reste encore des obstacles techniques et économiques pour que cet outil soit implanté, il s'agit indéniablement d'un pas dans le bon sens en vue de réduire les nombreuses fractures numériques, démocratiques et éducatives.


tunisie source
www.tunezine.com

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Publié dans tunisie

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