LIBEREZ LA PRESSE!
Le sommet mondial sur la société de l'information qui se déroule actuellement sous nos yeux à Tunis, dans un pays où la population en est honteusement privée et où les vertus fondamentales de la démocratie que sont la liberté de la presse et le pluralisme politique, n’a pas cours a quelque chose de révoltant. Pourtant aucun des Etats, européens ou non, qui y participent n’ose dire sur place combien le droit d’expression est le droit fondamental de la liberté individuelle. Organisé sous l’égide de l’Onu, dans un Etat policier où l’on bafoue régulièrement le droit d’expression, ce sommet ne fait qu’avaliser d’odieuses habitudes prises par le régime Ben Ali, dont, en se taisant, les chancelleries européennes plus particulièrement se font les complices. Combien faudra t-il encore d’agressions de journalistes, à l’instar de Christophe Boltanski de Libération, de reporters refoulés, comme Robert Ménard ces derniers jours, d’équipes de télévisions cornaquées par la police, de responsables associatifs, syndicaux et militants des droits de l’homme obligés de faire une grève de la faim dans leur propre pays, pour se faire entendre, pour comprendre que Ben Ali n’est pas l’ami des démocrates.
Comme le rappelle le journaliste Henri Weill, auteur d’un ouvrage au titre évocateur de « Journalistes, des mots et des doutes » , combien faudra t-il de journalistes, otages en Irak et en Colombie, victimes expiatoires en Iran, en Birmanie, en Chine ou assassinés en Côte d’Ivoire… pour comprendre que nous nous déshonorons en faisant semblant de ne pas voir. Informer est un combat dans bien des pays où le journaliste, historien du quotidien, rend compte et interroge parfois nos propres compromissions…Suffit-il, en France, au Quai d’Orsay et au ministère de la coopération de dire qu’il faut être, malgré tout, présent à Tunis pour changer les choses de l’intérieur, quand on n’hésite pas à éteindre les micros à sa guise quand le verbe se fait plus critique ?
Que dire par ailleurs de l’attitude pour la moins légère des Nations Unies. Comment ne pas percevoir, à travers cette compromission, au mieux du cynisme au pire de la lâcheté ? Les chefs d’Etat et de gouvernement ne sont pas venus…Est-ce pour autant un acte de résistance à louer ? Ne devons-nous pas plutôt nous poser cette légitime question, qui plus est en tant qu’Européens, qui consiste à nous demander comment nous avons pu en arriver là ? Comment un tel sommet, que personne ne souhaitait vraiment être organisé à Tunis, peut se tenir sous nos yeux, ébahis, de voir comment, en quelques jours, la Tunisie a su démontrer que les droits de l’homme, ces principes universels proclamés par les 191 Etats qui composent l’Onu, s’arrêtent souvent et en toute impunité aux frontières de certains… ? Circulez, il n’y a décidemment rien à voir…
Emmanuel Dupuy est Secrétaire général de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE)
tunisie source http://www.europeus.org/archive/2005/11/22/liberez-la-presse.html