Les amis de mes amis sont mes amis
Le Soir
FORUM, mercredi 23 novembre 2005, p. 17
Thomas Gunzig Ecrivain
Les amis de mes amis sont mes amis
Ça n'est facile pour personne. Ben Ali, par exemple, dans quel pétrin il s'est mis avec son « Sommet mondial sur la société de l'information ». Sa fête a mal tourné. Comme quand des gens s'invitent chez vous pour fouiller dans vos CD. Ça énerve ! Déjà qu'organiser une fête comme ça, ça coûte un paquet, alors voir arriver, dans le sillage des délégations officielles, ces horribles journalistes venus poser des questions à... la population ! Quel mauvais goût ! Est-ce qu'on interroge les boeufs au sujet de McDonald ? Pas étonnant qu'il ait fini par sévir en demandant à de jeunes sportifs des services spéciaux de casser la figure à Christophe Boltanski de Libération ou au caméraman de la RTBF, Jean-Jacques Mathy.
Heureusement, on a bien compris Ben Ali et son petit coup de sang et personne ne lui en a voulu. Jacques Chirac, après deux jours, s'est contenté de demander « toute la lumière » sur cette affaire. Nul doute qu'il y pensera, Ben Ali. D'ailleurs, dans la foulée, il a arrêté un petit voleur de 17 ans qui traînait, paraît-il, dans le coin.
Bien entendu, certaines mauvaises langues prétendent qu'il en aurait été autrement si Chirac et Ben Ali n'avaient pas été copains comme cochons, que si tout ça s'était passé en Iran, ça aurait gueulé pas mal à l'Assemblé nationale.
Ou encore que si la Tunisie n'était pas un des premiers partenaires économiques de la France, Chirac aurait dit à Ben Ali de faire le ménage dans les locaux de sa police...
Ben Ali, de toute façon, il a plein d'amis, ce qui prouve bien que c'est un homme de coeur. Son deuxième meilleur ami, c'est Berlusconi qui lui rendait visite mardi pour manger un bout et parler un peu de choses et d'autres, en tout cas pas des grévistes de la faim, de la répression, de la torture ou bien des prisonniers d'opinion. Il y avait des sujets plus importants : les 700 entreprises italiennes ou à participation italienne installées en Tunisie. Le projet de gazoduc qui reliera l'Algérie à l'Italie en traversant le territoire tunisien, ou le projet de privatisation de l'opérateur public Tunisie-Télécom dont 35 % du capital, détenu par l'État, doivent être prochainement cédés à un opérateur privé.
Alors, comme le meilleur copain de Berlusconi, c'est Poutine, avec qui il vient de fêter la construction de Blue Stream, le plus grand gazoduc sous-marin du monde et comme Poutine, c'est Gazprom et comme Gazprom alimentera bientôt une partie des réchauds français à la place de Gaz de France, ça fait une bonne raison de plus pour Chirac de trouver qu'il fait bon vivre en Tunisie.
Et qu'au-dessus des « Droits de l'homme », il y aura toujours ceux du business.
tunisie source www.tunezine.com