Un rendez-vous raté

Publié le par kurt cobain

Un rendez-vous raté


Mercure
Nul ne peut nier le caractère historique et exceptionnel de la grève de la faim menée entre octobre et novembre 2005 pour la liberté d’expression, d’association et pour la libération des prisonniers politiques, si dans un premier temps l’on pouvait se demander si la montagne n’avait pas accouché d’une souris, à la réflexion on ne peut s’empêcher de s’interroger de penser et finalement d’affirmer que cette montagne a fait fausse couche.
Les citoyens tunisiens un peu partout dans le monde et la communauté internationale ont suivi avec impatience pour les premiers et grand intérêt pour les deuxièmes et ce, en temps réel, le déroulement de la grève et ses conséquences. Cette action et ses objectifs ont fait l’unanimité.

Si le succès de cette action est dû au fait qu’elle a été menée à la faveur du SMSI, ce qui lui assurait un impact médiatique certain, reconnaissons lui tout de même un mérite. En effet, elle a eu le mérite de démontrer aux sceptiques et au final aux yeux du monde que les tunisiens sont prêts à travailler la main dans la main, sur le plan local comme sur le plan international, les tunisiens et leurs amis se sont mobilisés, ils se sont dépensés, chacun à son niveau et chacun selon ses moyens pour apporter un soutien inconditionnel à cette action.

Depuis la fin du SMSI et l’achèvement de la grève de la faim, les citoyens tunisiens attendaient avec une soif et une faim égale à celle qu’on dû ressentir les huit grévistes, la suite donnée à cette action. Une faim non pas physique, quoique quelques uns les ont accompagné pendant quelques jours, mais une faim non moins douloureuse. Faim existentielle, faim de leur dignité, faim de leur liberté et de leur citoyenneté.

L’annonce de ce qui semble se présenter comme étant la parachèvement de cette action aujourd’hui, à savoir la mise en place d’un comité pour les droits et les libertés, a été vécu par de nombreux tunisiens avec choc et effroi. Un logo de plus s’ajoute à notre collection d’associations militantes pour les droits de l’homme, LTDH, CNLT, CRLDHT, AISPP et maintenant CDL. La Tunisie, qui a été pionnière dans le monde arabe en la matière (en étant le théâtre de la naissance de la première ligue des droits de l’homme dans cette zone du monde) confortera ainsi sa position. Ma Tunisie pourra même s’enorgueillir d’avoir le record du nombre d’associations militantes dans ce domaines. On prend les mêmes et on recommence !


A quand la maturité ?

Les opposants tunisiens sont-ils donc aussi déconnectés à ce point des tunisiens et de leurs attentes ? A mon humble avis et j’espère que l’avenir me donnera tort, l’opposition a raté son rendez-vous avec l’histoire. D’aucun pourrait objecter que le jugement est trop hâtif, qu’il faut laisser venir et voir, qu’il faut laisser le temps au temps et le temps à ce nouveau comité d’agir et ensuite d’en juger. C’est vrai, mais, force est de constater que, par expérience et vu le nombre d’échecs précédents, le scepticisme s’impose. Encore une ONR, organisation non reconnue. Les mêmes noms, les mêmes méthodes, pourquoi les résultats seraient-ils différents ? pourquoi adorons-nous autant les comités ?

Un ratage historique parce que les attentes étaient autrement plus grandes, or ce comité, condamné à être un énième mort né, ne répond pas à ces attentes. Il aurait fallu être bien plus ambitieux, brasser plus large, pourquoi accepter les uns et exclure les autres ? La dynamique créée par cette action de grève de la faim aurait pu donner à la Tunisie le premier parti populaire, de masse, depuis le PSD devenu RCD et le mouvement Nahdha. Les Tunisiens sont venus de toutes les régions du pays donner leur soutien et d’un peu partout dans le monde, étudiants, travailleurs, artistes et élite, de toutes les classes sociales, des différentes tendances; se faisant et connaissant les risques, c’était signer de fait le protocole d’accord à un grand rassemblement des tunisiens divers mais unis d’être libres. En prenant en compte le silence tunisien et d’après ce que cette indémodable téléphone arabe qui a toujours autant de succès à l’époque des MMS, beaucoup d’entre nous partagent cette déception.


La fuite en avant

Il est pénible de devoir revenir sur les promesses de divers débats et forums faite à l’occasion de cette annonce car un sentiment de frustration pourrait pousser à commettre des dépassements, mais tout de même, avons-nous besoin d’un énième forum ? On ne peut s’empêcher d’avoir ce sentiment d’hallucination, comment se fait-t-il que l’opposition soit encore à ce stade ? Est-elle si intellectuelle, théorique et stérile ? est-elle si impuissante et hésitante ? Débattre, encore débattre de l’identité, comment ose-t-elle après plus d’un demi siècle de vie du code du statut personnel remettre sur la table la question de l’égalité homme femme ? comment ose-t-elle évoquer la question, qui n’en est pas une en Tunisie à ce que je sache, des châtiments corporels ? Va-t-on proposer un moratoire ? Si moratoire il y a c’est sur ces faux débats qu’il faut l’imposer. Un jour viendra où les spécialistes (ethnologues, historiens et les diverses spécialités concernées) pourront débattre librement de l’identité et pour ce faire ils auront l’éternité. Ce n’est pas le rôle d’un homme politique, le rôle de l’opposition comme instance politique et justement de travailler à construire ce cadre de liberté ou toutes les questions pourront être abordées. Voilà de quoi retarder de quelques dizaines d’année la naissance de la Tunisie démocratique.

Des débats encore des faux débats. L’identité EST et ne se proclame pas sauf dans les régimes totalitaires. L’identité comme l’histoire d’un peuple ne se proclame pas d’en haut, on ne peut l’aborder qu’à posteriori, on peut toujours l’influencer mais jamais la dicter. Jouons le jeu, je vous donne ma contribution au débat concernant l’identité. Quel serait la question mise en débat autour de l’identité ? quel est mon identité ? la réalité la voilà, je suis tout sauf un citoyen, je ne suis pas libre de dire et de faire, la plupart des pays du monde et même les plus pauvres sont de plus en plus démocratiques, partout dans le monde ou presque la liberté d’expression est acquise sauf dans quelques trous noirs, parmi lesquels mon pays, alors que le monde avance, je fais parti d’une civilisation qui a arrêté le temps, qui au début du 20ème siècle veut débattre des sexes des anges, de faut-il ou non battre sa femme ? là-voilà mon identité.

Je veux être libre dans une identité évolutive et non figée et je veux que mes concitoyens aient les mêmes droits que tout homme né libre dans ce bas monde. Personne ne vous a élu, votre seule légitimité vous la devez à la patience de mon peuple. Voilà ce qui vous attend sur ce terrain glissant, un cul de sac au bout du chemin. Les forums existent, les tunisiens s’y rassemblent, des tunisiens de tout domaine de compétence et spécialité, ils sont généreux et si vous êtes en manque d’idée, ils vont vous en donnez ? Quelque soit le débat abordé, depuis des années que les tunisiens s’y débattent, vous y trouverez à souhait les questions et les réponses diverses et variées.

Peut-ont faire confiance à l’opposition

Khaled Traouli a récemment posé la question « peut-t-on faire confiance à l’opposition ? » certainement si on considère la confiance comme étant un lien et une attitude de loyauté et de sincérité, certainement que la plupart de nos opposants sont des gens honnêtes, intègres et sincères. Mais la confiance c’est aussi pouvoir se sentir en paix quand on délègue aux autres une mission, la confiance devient le degré de certitude par rapport aux résultats escomptés, or aujourd’hui nous sommes loin de ce que l’on pouvait espérer, ce lien de confiance, ces retrouvailles peuvent-ils se renouer ou se construire entre cette élite investit de la mission et leurs compatriotes ? C’est à l’opposition et à elle seule qu’il revient de répondre par la parole et l’acte à cette question sans fuir ses responsabilités.

C’est Mokhtar Yahyaoui qui a introduit le concept « de faux débat » comme stratégie utilisée par le régime pour diviser et ainsi régner. Une arme d’une redoutable efficacité. Pour quelle raison l’opposition a-t-elle décidé d’user de la même stratégie que le régime ? rien de mieux qu’un bon vieux débat sur la religion, l’identité ou la femme pour que tout parte en fumé. Est-ce parce que cette union n’est que e façade ? est-ce à cause de l’absence d’un projet digne de ce nom ? ou est-ce par simple bêtise. Volontairement ou inconsciemment l’opposition montre qu’elle n’a pas confiance en elle et préfère donc une fuite en avant dans des terrains glissants.

Si le régime lui fait au moins semblant d’être à l’écoute en missionnant, dans une démarche qui ne trompe personne une personnalité pour établir un contact avec la société civile, l’opposition elle est encore loin d’être à l’écoute.
En attendant et si vous estimez qu’on a du temps pour débattre, en lieu et place des questions relatives à l’identité et l’égalité, voici quelques questions très terre à terre qui peuvent nous occuper :
Qu’avons-nous à dire aux femmes qui perdent leurs emplois dans le secteur du textile ? allons-nous leur parler d’égalité des sexes ?
Qu’avons-nous à dire aux jeunes ? ceux qui font des études pour finir sans emploi ou ceux qui boivent la tasse en méditerranée ? Qu’avez-vous aux artistes ? aux hommes d’affaires, aux investisseurs, aux agriculteurs, aux expatriés ? pour convaincre. En somme, quel est notre projet de société ?

tunisie source www.tunezine.com

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Publié dans tunisie

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