Vivement le huit - Liberté chérie
Vivement le huit.
Liberté chérie
Sans optimisme béat, ni pessimisme paralysant on peut dire que l’année 2006 sera celle de tous les enjeux. Tout d’abord ça sera le 50è anniversaire de l’Indépendance de la Tunisie de la colonisation externe, elle marque aussi un demi siècle d’attente, d’abnégation et de tolérance de la part d’une population pacifique qui aspire à une vie meilleure sans heurts ni souffrances. C’est aussi la fin d’une ère pendant laquelle les deux régimes successifs ont toujours enfantilisé la population, arguant du fait qu’il y avait d’autres priorités que de s’engager dans des réformes politiques susceptibles de compromettre la construction de l’Etat et sa consolidation. De tels arguments revêtaient une certaine pertinence pendant les vingt premières années de la Tunisie indépendante, mais ils ont perdu tout crédit depuis 30 années maintenant.
A cela s’ajoute des bouleversements historiques, une accélération même de l’histoire sous l’effet entre autres de la révolution des communications et l’avènement de l’ère du numérique pendant ce temps là le régime actuel en Tunisie continu sa marche aveugle et anachronique vers des pratiques d’un autre age usant de plus en plus de recettes désuètes, le faux et usage de faux, fausse presse, faux partis, fausse justice, faux président, faux enseignement, etc, en d’autres termes tous les constituants d’un Etat sont pervertis, détournés et vidés de leurs vocations et de leur sens. L’autisme du régime n’est plus à démontrer on entend même des suppôts du régime le pointer du doigt. Un tel délabrement, et un tel anachronisme ne peuvent être sans conséquence sur le pays mais aussi sur le régime lui-même. Ce dernier ignore dans sa fuite en avant le déterminisme historique, il ignore la marche silencieuse d’un peuple vers sa véritable indépendance, il se croyant hors d’atteinte derrière son bunker et se berne d’illusion en regardant son bras musclé dans un miroir en trompe l’oeil.
Cinquante ans c’est aussi une frontière symbolique, un tournant que les Tunisiens ont acquis le droit de négocier sereinement pour franchir le mur du mensonge, le but n’est plus de démasquer le régime, le roi est désormais nu, la question est de savoir quelle Tunisie nous voulons construire et léguer à nos enfants. Ce régime fait déjà partie du passé, un passé que nous devons tous assumer, car nous en avons notre part de responsabilité du moins à cause de notre silence et notre inaction.
Aujourd’hui la donne a considérablement changé : la dictature est mise à nu, la répression a atteint ses limites, la maturité politique de l’opposition bourgeonne et le monde n’est plus ce qu’il était il y a dix ans. Les derniers spasmes du régime sont visibles mais comme n’importe quel monstre arrivé au crépuscule de sa domination, il jette ses dernières forces dans la bataille refusant de se rendre à l’évidence. L’évidence de son inéluctable fin. Il s’agit nullement d’une lecture dans le mare du café ou des prédictions d’un voyant à la carte, mais plutôt de données objectives basées sur des critères socio-politiques envisagés dans leur évolution historique. Ni l’apparente léthargie du peuple tunisien, ni les bruits de bottes du régime dictatorial, ni le mensonge ne sauront empêcher la marche d’un pas sûr que la Tunisie démocratique a entrepris depuis le 18 octobre. Mais cette date ne constitue pas un accident de l’histoire c’est plutôt un aboutissement, une maturation, la limite du barbelé qui retenait les Tunisien sous le joug du monstre. L’horizon est désormais visible l’espace de liberté est à portée de main. Certes, tout est à refaire, certes la tache est encore immense car il ne sera pas aisé de dépecer le monstre, de démanteler ses articulations, certes des erreurs vont être commises, des retours même en arrière par moment, mais la marche vers l’avant est INELUCTABLE. Que le régime se berne d’illusion, que les nostalgiques continuent à croire en l’omnipotence du monstre c’est même dans l’ordre historique des choses, mais plus rien ne sera comme avant. C’est une nouvelle dynamique qui est en place et une nouvelle page de l’histoire de la Tunisie que des hommes et des femmes dignes d’être tunisien sont en train d’écrire patiemment, progressivement mais sereinement. Le monstre va encore grogner, bomber son torse, exhiber ses muscles, mais il n’impressionnera plus personne, du fin fond de sa prison du Kef, même muselé, torturé, M. Abbou continue à asséner des coups fatales au monstre, du Cap à Washington, dans les quatre coins du monde, le monstre est désigné du doigt. Maître Courage, par son sacrifice et son amour pour la Tunisie apporte des coups décisifs d’une efficacité redoutable bien plus que s’il était à l’extérieur. C’est ainsi que le monstre se tire dans les pattes. Et que dire des autres lionnes à qui le monstre a infligé tous les sévisses et user de toutes les bassesses pour les détourner de leur marche vers l’horizon de l’indépendance interne de la Tunisie, incassables, inusables, fiers et dignes elles marchent. Elles sont les muses de l’histoire de la Tunisie, ses Clios qui ont surmonté les pires épreuves et survécus aux griffes et morsures du monstre baveux et aujourd’hui elles nous donnent à nous tous une leçon qu’on pourra raconter à nos enfants sur ses femmes qui font l’histoire.
Hommage à Sihem , Radhia, Sana, Khédija, Naziha, Fatma, Olfa et toutes les autres en cette fin d’année, fin de la nuit de la Tunisie, fin du monstre, c’est un hommage vibrant qu’il faudrait rendre à ses femmes courage, non parce qu’elles sont femmes, mais tout simplement parce qu’en tant qu’être humain elles ont fait montre d’un amour pour leur pays et un sens de la responsabilité digne des grands nom de l’histoire et ça c’est une victoire en soi pour notre Tunisie. L’horloge de la Tunisie s’était arrêtée il y a dix huit ans, elle est désormais en marche on entend ses tic tac marteler dans le creux de l’oreille du monstre la cadence d’une marche crescendo vers l’aube du huit (8).
Liberté chérie
tunisie source www.tunezine.com