EMPRISONNER POUR POUVOIR GRACIER

Publié le par kurt cobain

C.R.L.D.H. Tunisie
اللجنـة من أجل احترام الحريات وحقوق الإنسان في تونس
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l’Homme
21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS - Tel/Fax : 00.33.(0)1.43.72.97.34
contact@crldht.org / www.crldht.org


EMPRISONNER POUR POUVOIR GRACIER

Ou comment le vice rend hommage à la vertu !


C’est ce mot d’ordre absurde qui pourrait parfaitement résumer la politique ubuesque de l’Etat tunisien en matière de libertés et des droits de l’homme.

En effet, les autorités tunisiennes ont pris la décision de rendre la liberté à plus de 1500 détenus parmi lesquels les six jeunes «internautes de Zarzis», condamnés en 2004 en vertu de la loi anti-terroriste, et prés de 80 détenus politiques islamistes condamnés pour la plupart dans le cadre de l’implacable répression menée par l’Etat – RCD contre le mouvement «En-Nahdha».

Cette mesure, présentée comme procédant d’une décision de grâce présidentielle, s’inscrit en réalité, dans le cadre de la politique « de libération au compte-gouttes » des détenus politiques chaque fois que l’image fissurée du régime despotique en prend « un coup » (le dernier en date étant la grève de la faim collective du 18 octobre 2005 pendant la tenue du Somme mondial de la société de l’information –SMSI- qui a dévoilé, encore une fois, l'autoritarisme du Parti-Etat-RCDiste). Elle ne doit pas nous cacher l'essentiel de ce qui doit être fait pour sortir le pays de l’état de blocage politique endémique qui le paralyse.

Le CRLDHT déplore l’absence de transparence, à tous égards inacceptable, qui a marqué les conditions dans lesquelles ces libérations ont été effectuées. Il rappelle que tous les anciens détenus ayant bénéficié de décisions de libération conditionnelle ont été astreints à des mesures de contrôle administratif et policier contraignant (visites régulières aux postes de police, pressions familiales, interdits professionnels, tracasseries de tous ordres etc.…) qui ont fait que la Tunisie est devenue pour ces anciens détenus et leurs familles une grande prison « aux barreaux invisibles ». Cela a notamment concerné plusieurs centaines d’anciens détenus islamistes et leurs familles.

Le CRLDHT, tout en félicitant les « graciés » et leurs familles (y compris politiques) de la liberté recouvrée, considère que cet élargissement constitue un soulagement pour les bénéficiaires qui ont vécu de terribles épreuves au cours de leur détention qui a duré pour certains plus de 14 années parfois dans l’isolement cellulaire ! Les familles des détenus élargis et leurs proches ne peuvent que se réjouir de ces mesures qui constituent un élément positif sur le plan humain.

Le CRLDHT tient, cependant, à rappeler que « les cellules » et autres « cachots » de la honte continuent, hélas, à être peuplés de centaines de prisonniers d’opinion, arbitrairement privés de leur liberté uniquement pour avoir exprimé une idée critique (l’exemple de l’avocat Mohamed ABBOU), ou manifesté leur appartenance à un parti politique illégitimement interdit (essentiellement ENNAHDHA). Autant dire que notre combat pour la liberté, la démocratie et les droits humains continue. De même que notre exigence d’une justice indépendante affranchie de l’hégémonie et de l’instrumentalisation dégradante des autorités, demeure à l’ordre du jour…

Aussi, le CRLDHT :

- salue la résistance du Bureau exécutif légitime de l’association des Magistrats Tunisiens, qui a fait preuve d’un extraordinaire courage face à l’autoritarisme du pouvoir ; et leur dit avec regret qu’on aurait souhaité que ce soit leur justice qui innocente les victimes de la détention arbitraire… et les indemnise du préjudice incommensurable qu’ils ont subi du fait des tortionnaires…

- exprime sa solidarité indéfectible avec la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l’Homme, qui continue à endurer les conséquences de la politique liberticide du régime en étant mise dans l’impossibilité de re-prendre son Congrès et assurer dans des conditions normales de dignité et d’indépendance l’exécution de sa noble mission…

- appuie le combat des avocats tunisiens (et leur Conseil national) pour l’indépendance de leur profession et pour l’instauration d’un authentique Etat de droit respectueux des droits inaliénables de la défense au service des citoyens et des justiciables, tout en leur exprimant notre soutien dans la bataille qu’ils mènent contre le projet de loi relatif à la création d’un Institut supérieur de «l’avocature», et qui constitue une nième tentative de mise au pas de leur profession libérale, en reproduisant à l’identique la triste expérience de la mainmise du ministère de la Justice sur l’Institut supérieur de la Magistrature… ;

- manifeste son soutien total à l’égard du Syndicat des Journalistes Tunisiens qui défend, malgré la répression ininterrompue, l’honneur du 4ème pouvoir réduit à un état de « servitude médiatique » affligeant

- exprime sa solidarité entière et indéfectible à l’égard des femmes et hommes du Mouvement du 18 Octobre pour les Droits et les Libertés qui constituent, désormais, la cible idéale de l’appareil répressif du pouvoir en place ;

- rappelle que la revendication essentielle pour l’ensemble des démocrates tunisiens demeure celle de la libération de tous les détenus politiques, le retour des exilés et la promulgation d’une amnistie générale pour toutes les victimes de la répression politique en Tunisie.

Paris, le 6 mars 2006

Publicité

Publié dans tunisie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article