Le régime menace de mort ses opposants
Vérité-Action
Tunisie :
Le régime menace de mort ses opposants
Dans un enchaînement sans précédent, le régime tunisien, vient d’entamer un nouveau cycle de violence à l’encontre de la société civile tunisienne et des militants des droits de l’homme.
L’ampleur des menaces proliférées dernièrement n’a jamais été atteinte en Tunisie tant sur le plan des cibles que sur le plan des moyens utilisés pour mener ce plan de terreur prémédité visant à contraindre les opposants au silence après qu’ils ont réussi par leur union et leur détermination à démasquer la propagande malsaine du régime sur le respect des droits de l’homme et des libertés.
Vérité-Action se voit dans l’obligation de rapporter dans le présent communiqué les informations qu’elle a pu collecter jusqu’à présent sur cette campagne.
Ainsi, Me Abderraouf AYADI, vice président du parti du congrès pour la république (CPR non reconnu), membre du Collectif du 18 Octobre et défenseur des droits de l’homme a reçu une lettre de menace de mort de la part du régime. Sa voiture a été «manipulée» pour lui prouver qu’il n’est pas à l’abri d’une «sanction» le moment venu.
La même lettre est parvenue à l’ex-prisonnier politique et figure bien connue du milieu associatif tunisien, Monsieur Lassaad JOUHRI, qui se déplace avec des béquilles en raison des séquelles de la torture qu’il a subie pendant les années nonante.
D’autres membres du Mouvement du 18 Octobre ont aussi subis les agissements de la police tunisienne.
Des rumeurs lancées par des «inconnus» sur la mort du porte-parole du Parti des ouvriers communistes tunisiens (PCOT, non reconnu) et membre du collectif du 18 Octobre, Monsieur Hamma HAMMAMi. Sa famille a été contactée pour annoncer cela. Ce n’est pas la première fois que des rumeurs courent sur la mort de Monsieur HAMMAMI.
Me Samir DILOU, membre de l’Association internationale de solidarité avec les prisonniers politiques (AISPP, non reconnue), et membre de Vérité-Action, a reçu des menaces consistant dans le fait qu’il doit faire attention lors de ses déplacements en voiture.
Rappelons encore que le Collectif du 18 Octobre, qui réunit toutes les sensibilités de l’opposition tunisienne, a organisé un rassemblement à Tunis pour marquer la 50ème fête de l’indépendance de
Me Mohamed ABBOU, qui est emprisonné depuis une année pour avoir publié des articles sur Internet critiquant plus particulièrement la situation dans les prisons tunisiennes, est entré en grève de la faim depuis le 13 mars 2006. Il proteste contre les conditions de son emprisonnement injustifié.
Selon son épouse, Me Abbou ne pouvait même pas se tenir debout. Malgré les tentatives des gardiens de perturber la communication entre Me Abbou et son épouse, cette dernière rapporte que son époux a été mis dans une chambre avec des prisonniers de droit commun incités à le déranger. Il dort sans matelas. Sur la route entre Tunis et le Kef, où Me Abbou est incarcéré, la voiture qui emmène Mme Abbou a été arrêtée et contrôlée six fois.
A la prison 9 avril de Tunis, et selon un communiqué daté du 30 mars 2006 de l’AISPP, des prisonniers politiques ont été violentés par leurs gardes. Quelques uns parmi eux se trouvent maintenant en isolement, d’autres ont été contraints de changer d’établissement pénitencier. Rappelons que quelques centaines de prisonniers politiques sont détenus en Tunisie depuis plus de 15 ans. La très contesté loi antiterrorisme, a rajouté quelques autres dizaines au prisonniers d’opinion.
C’est d’ailleurs dans le but d’empêcher l’AISPP de relayer ces informations que ces dirigeants font depuis un certain temps l’objet d’une politique de mise à néant, cette fois de caractère un peu particulier.
Ainsi, Me Mohamed NOURI, son président, et Me Saida AKREMI, son secrétaire général ainsi que son époux Me Noureddine BHIRI, membre du Centre de Tunis pour l’indépendance de la justice (non reconnu), subissent tous des intimidations de la part du régime pour qu’ils cessent leurs activités militantes.
Cette fois, les autorités tunisiennes ont impliqué le fisc dans leur bataille contre l’opposition et cela en imposant à ces trois avocats un plan de redressement fiscal préparant l’arrêt de leur activité professionnelle. Le compte bancaire de Me AKREMI est actuellement bloqué.
Dans le même cadre, MM. Ali LARAYADH et Hammadi JEBALI, ex-prisonniers politiques et leaders du Mouvement Ennahdha (non reconnu), ont reçu des «appels à l’ordre» leur interdisant de nouer n’importe quel contact avec les représentants de la société civile ou de l’opposition ou de s’exprimer sur des sujets publiques, sous peine d’être réincarcérés.
Enfin, trois étudiants de l’Université de Sfax ont été renvoyés au motif de leur participation à une manifestation au sein de l’Université. Il se trouve que les trois renvoyés sont des représentants d’étudiants au sein du Conseil scientifique, et qu’ils sont de ce fait démocratiquement élus par leurs collègues. Les étudiants, Bassem NASRI, Ali OMAR et Oussama BEN SALEM, fils du Dr. Moncef BEN SALEM, éminent savant tunisien, ex prisonnier politique, persécuté depuis plus de quinze ans par le régime tunisien, ont commencé un sit-in devant le bureau du doyen où s’est tenu le conseil de discipline. Ils ont aussi entamé une grève de la faim.
Dr Moncef Ben Salem, lacé par les années de harcèlement, de persécution et de privation de ses droits les plus élémentaires à travailler et à se déplacer, a entamé une grève de la faim. Sa famille l’a rejoint en date du 31 mars 2006. Il est anormal qu’au moment où dans d’autres pays Dr BEN SALEM serait
aidé pour continuer ses recherches, il soit persécuté de la sorte dans son propre pays.
Vérité-Action, très préoccupée par la tournure des évènements en Tunisie :
1. Exprime sa solidarité avec les militants du Mouvement du 18 Octobre. Elle met en garde que les menaces adressées à ces figures éminentes de la société civile tunisienne, sont sérieuses et pourront à tout moment être mises en exécution.
2. Considère que le régime est entièrement responsable de toute atteinte à l’intégrité physique ou à la vie de ces militants.
3. Appelle les ONGs nationales et internationales a suivre de près ces évènements graves et à faire pression sur le gouvernement tunisien pour qu’il cesse ces agissements et qu’il respecte ses engagements internationaux.
4. Exprime sa solidarité avec Me AYADI, M. HAMMAMI, Me DILOU, Me NOURI, Me AKREMI, Me BHIRI, M. LARAYDH et M. JEBALI ainsi que tout opposant tunisien qui sera pris dans le collimateur de cette politique de terreur couverte par l’impunité.
5. Appelle à la libération immédiate de Me Mohamed ABBOU et de tous les prisonniers politiques et d’opinion en Tunisie.
6. Appelle à la réintégration des trois étudiants renvoyés à leur université.
7. Exprime sa solidarité avec Dr BEN SALEM et sa famille qui continuent à payer très cher le prix de l’opposition pacifique au régime.
8. Appelle toutes les ONGs des défenses des droits de l’homme ainsi que toute la société civile tunisienne à continuer le combat pour une Tunisie démocratique et libre.
Fribourg, le 1er avril 2006
Vérité-Action
Safwa Aissa
Présidente
Source : www.verite-action.org