"Un durcissement très net de la répression policière"

Publié le par kurt cobain

"Un durcissement très net de la répression policière"

NOUVELOBS.COM | 22.05.06 | 15:15

par Yves Steiner,
membre du comité exécutif
d'Amnesty International

Yves Steiner, vous êtes membre d'Amnesty International (AI) en Suisse et vous venez de vous faire expulser du sol tunisien. Que s'est-il passé ?

- Pour être honnête, je ne connais pas encore les raisons de mon expulsion. On ne m'a donné aucun motif. La première altercation a eu lieu dimanche vers 14h30. Trois policiers en civil ont alors pénétré la salle de réception de l'hôtel où nous tenions notre réunion. Sans me donner aucun motif, ils m'ont demandé d'évacuer l'hôtel sans faire d'histoire et de les suivre au ministère de l'Intérieur. J'ai refusé et les autres membres d'Amnesty sont venus s'interposer pour me protéger et me ramener au premier étage de l'hôtel où se tenait la réunion. Nous avons tout de suite alerté AI Londres et l'ambassade de Suisse. L'ambassadeur est venu très rapidement mais a trouvé grilles closes à l'entrée de l'hôtel. On ne l'a pas laissé entrer. Puis vers 16h30, une cinquantaine de policiers ont débarqué dans l'hôtel. Ils ont stoppé notre séance et m'ont évacué manu militari. J'ai pris quelques coups dans les pieds pour m'obliger à avancer. Ils m'ont ensuite placé dans une voiture banalisée.
En sortant de l'hôtel nous avons croisé l'ambassadeur qui attendait devant la grille. "J'ai rendez-vous avec l'ambassadeur!" ai-je alors crié avant qu'ils ne me coincent la tête entre les jambes pour me cacher. Il m'ont camouflé et m'ont porté quelques coups sur la tête. Nous avons ensuite déambulé dans les rues de Tunis, ils n'avaient pas l'air très organisés. Puis ils m'ont amené directement à l'aéroport. Je suis resté dans les sous-sols de la porte 51 jusqu'à 19h40, au moment de prendre un vol pour Paris. Mon téléphone portable m'a été arraché, je n'ai eu aucun moyen de communication à aucun moment. Entre cinq et six policiers m'entouraient en permanence. J'ai dû voir une vingtaine de policiers en tout. La seule explication est venue d'un homme qui semblait être un haut gradé, un chef en tout cas, qui m'a dit: "L'Etat tunisien est un Etat souverain qui a le droit de vous expulser".

Quel est l'état des relations entre le régime en place et les associations locales ?

- Ce qui s'est passé est très grave. C'est la première fois que des policiers interrompent comme cela une réunion d'Amnesty pour en expulser quelqu'un. Il n'y a aucun précédent en Tunisie.
Mais depuis quelques semaines, nos collègues de la section tunisienne et d'autres organisations indépendantes constatent un durcissement très net de la répression policière. Le gouvernement Ben Ali n'a pas du tout apprécié les critiques qui ont fusé au moment du sommet international sur la société de l'information. Si la situation n'était déjà pas très brillante, elle tend malheureusement à empirer. Nous avons peur aujourd'hui pour nos collègues de la section tunisienne qui ont eu le courage de s'interposer face aux forces de l'ordre. Mais d'autres associations sont également sous la pression du gouvernement, comme la Ligue des Droits de l'Homme par exemple, ou des avocats de notre cause.

Dans quel cadre étiez-vous présent en Tunisie ?

- Je suis membre du Comité exécutif d'Amnesty International pour la section suisse. J'ai suivi pendant deux et demi les préparatifs du Sommet mondial sur la société de l'information. C'était mon quatrième voyage à Tunis. J'y suis allé dans le cadre de l'assemblée générale de la section tunisienne d'AI.
C'est une pratique courante, nous nous rendons régulièrement au sein des autres sections, et notamment celles où l'on rencontre le plus de problèmes. C'était donc simplement une visite de soutien, de solidarité à la section tunisienne, mais également à d'autres association de la société civile indépendante tunisienne.

Propos recueillis par Raphaël Legendre
(le lundi 22 mai 2006)
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Publié dans tunisie

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