Les derniers évènements en Tunisie
C.R.L.D.H. Tunisie
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
Membre du Réseau Euro méditerranéen des Droits de l’Homme
21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS - Tel/Fax : 00.33. (0)1.43.72.97.34
"contact@crldht.org" / www.crldht.org
Communiqué
Les derniers évènements en Tunisie : Le devoir d’informer, le droit à la vérité.
La Tunisie vient de vivre deux semaines de violence inégalée (du 23 décembre 2006 au 4 janvier 2007) qui ont opposé les forces de police et de gendarmerie, appuyées par des renforts militaires, et un groupe important d’individus lors d’affrontements armés dans le sud de la capitale notamment dans la ville de Soliman, à quelque 27 Km de Tunis.
Le ministère de l’Intérieur a publié le dimanche 24 décembre 2006 une brève par le biais de l’agence officielle, la TAP, faisant état d’une fusillade survenue dans la nuit du samedi 23 décembre ayant fait deux morts parmi les « criminels » et deux blessés dans les rangs de la police. Cette fusillade s’est produite dans une des habitations abandonnées de la ville de Hammam-lif, à 15 Km environ du sud de la capitale. Dans le même temps, les Solimanais entendaient pour la 1ère fois des coups de feu sans pouvoir identifier leur provenance.
L’information a été reprise par tous les organes de presse sans toutefois préciser l’identité, le nombre précis de ces « criminels », la nature de leurs crimes ou les circonstances de la fusillade….Le pouvoir tunisien a tout fait pour minimiser l’affaire et tromper l’opinion publique en faisant référence à une bande de trafiquants de drogue rapidement neutralisée grâce au courage des services de l’ordre !
Des informations provenant de différentes sources font état du décès de deux hauts responsables de la sécurité nationale et de la poursuite des affrontements puisque des tirs de feu ont été entendus toute la journée du mardi 26 décembre, provenant des montagnes de Boukornine et du Ressas, à proximité de Hammam-Lif ainsi que de la zone touristique de Soliman.
Le mercredi 3 janvier 2007, la ville de Soliman a été le théâtre de confrontations armées d’une rare violence qui ont duré plus de 24h dans deux endroits différents, à la zone d’El Bhira, à l’entrée de la ville, sur la route de Tunis et dans la cité d’Echraf, sur la route de la plage. Le groupe armé, dont le nombre est estimé à plusieurs dizaines, équipé de kalachnikovs, de grenades et de fusils d’assaut semble avoir été bien entraîné. Il aurait réquisitionné des habitations en prenant à deux reprises des familles entières en otage. Un jeune Solimanais de 23 ans, Rabii El Bacha aurait, d’après les habitants, organisé les opérations. Il a été tué pendant la fusillade, toute sa famille arrêtée et son domicile démoli. Devant cette situation gravissime, la gendarmerie a dû appeler en renfort les militaires qui sont intervenus avec, notamment, des armes lourdes.
Des informations recueillies auprès des Solimanais, font état d’une vingtaine de morts et d’une quinzaine d’arrestations dans les rangs du groupe armé. Quant aux pertes du côté des services de sécurité, et sans pouvoir donner des chiffres précis, elles seraient également lourdes puisque tous les hôpitaux des villes voisines de Menzel Bouzelfa, Beni Khalled et Grombalia ont été réquisitionnés pour recevoir victimes et blessés.
Des caches d’armes en tout genre auraient été découvertes notamment dans des maisons inoccupées à Soliman-Plage et dans une bourgade à 7 Km de la ville appelée El Mrissa, sur la route de la station thermale de Korbous.
Plusieurs témoins affirment que des individus armés se sont retranchés dans des fermes éloignées à la sortie de la ville et que rien n’est encore fini puisque le samedi 06 janvier au soir, des coups de feu ont été entendus à Soliman et dans El Mrissa. Différentes sources médiatiques indépendantes, politiques ou associatives s’accordent à dire que ce groupe armé appartiendrait à des Salafistes Jihadistes appelés « la prédication et le combat ». Le groupe de Soliman serait constitué essentiellement de Tunisiens avec une probable participation extérieure.
La Tunisie vit depuis lors un véritable état de siège avec l’instauration de check points et de barrages routiers dans tout le pays notamment au Cap Bon et dans le Sud, des rafles et des arrestations en masse dans plusieurs villes et villages, dans des quartiers populaires et devant les différentes mosquées.
Ces évènements, qui marquent une nouvelle étape dans la vie du pays, sont en réalité redoutés de longue date tant l’étouffement total de la société tunisienne et la politique de désertification politique, associative et culturelle peuvent mener au désespoir et à la désillusion, notamment des jeunes. L’opposition politique et le mouvement associatif autonome n’ont cessé de prévenir les autorités quant aux conséquences néfastes que peut engendrer la répression sauvage qui s’abat depuis des années sur toutes les forces démocratiques, pacifistes et réformatrices du pays. Notre Comité a constamment mis en garde le pouvoir despotique contre les dangers et risques imprévisibles auxquels conduisent la répression aveugle et la faillite plus que jamais avérée, du tout sécuritaire.
Face à cet affrontement armé sans précédent que vient de connaître la Tunisie, le CRLDHT tient à condamner de la manière la plus ferme le groupe armé dont il s’agit, et ce quels que soient ses références idéologiques ou objectifs politiques.
Il tient en même temps à rappeler que le régime despotique tout autant que ses propagandistes véreux, sont malvenus d’exercer leur surenchère et autre chantage pratiqué à l’endroit des organisations autonomes de défense des droits humains et de l’opposition démocratique.
Des questions demeurent toutefois sans réponses : pourquoi ce black-out total sur l’information ? Quel est le nombre exact de ces « criminels »? Quel est le nombre des tués, des blessés et des arrêtés ? Comment toutes ces armes ont-elles pu traverser les frontières ? …
Le CRLDHT exprime ses craintes quant au risque d’atteintes aux libertés individuelles et à l’intégrité physique qui accompagnent les arrestations massives qui ont touché des centaines de jeunes dans les différentes régions du pays.
Le CRLDHT appelle les Tunisiens à une grande vigilance afin de faire valoir leur droit à connaître la vérité, toute la vérité et de mettre fin à cette politique d’infantilisation de tout un peuple marginalisé et privé de la liberté de savoir comme de décider de son sort.
Le C.R.L.D.H.T reste persuadé que le despotisme enfante le désespoir qui, à son tour, engendre les violences et que la conjoncture actuelle rend d’autant plus urgent et légitime notre combat pour les réformes démocratiques en Tunisie.
Paris, le 9/01/2007
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie
Membre du Réseau Euro méditerranéen des Droits de l’Homme
21ter rue Voltaire – FR-75011 PARIS - Tel/Fax : 00.33. (0)1.43.72.97.34
"contact@crldht.org" / www.crldht.org
Communiqué
Les derniers évènements en Tunisie : Le devoir d’informer, le droit à la vérité.
La Tunisie vient de vivre deux semaines de violence inégalée (du 23 décembre 2006 au 4 janvier 2007) qui ont opposé les forces de police et de gendarmerie, appuyées par des renforts militaires, et un groupe important d’individus lors d’affrontements armés dans le sud de la capitale notamment dans la ville de Soliman, à quelque 27 Km de Tunis.
Le ministère de l’Intérieur a publié le dimanche 24 décembre 2006 une brève par le biais de l’agence officielle, la TAP, faisant état d’une fusillade survenue dans la nuit du samedi 23 décembre ayant fait deux morts parmi les « criminels » et deux blessés dans les rangs de la police. Cette fusillade s’est produite dans une des habitations abandonnées de la ville de Hammam-lif, à 15 Km environ du sud de la capitale. Dans le même temps, les Solimanais entendaient pour la 1ère fois des coups de feu sans pouvoir identifier leur provenance.
L’information a été reprise par tous les organes de presse sans toutefois préciser l’identité, le nombre précis de ces « criminels », la nature de leurs crimes ou les circonstances de la fusillade….Le pouvoir tunisien a tout fait pour minimiser l’affaire et tromper l’opinion publique en faisant référence à une bande de trafiquants de drogue rapidement neutralisée grâce au courage des services de l’ordre !
Des informations provenant de différentes sources font état du décès de deux hauts responsables de la sécurité nationale et de la poursuite des affrontements puisque des tirs de feu ont été entendus toute la journée du mardi 26 décembre, provenant des montagnes de Boukornine et du Ressas, à proximité de Hammam-Lif ainsi que de la zone touristique de Soliman.
Le mercredi 3 janvier 2007, la ville de Soliman a été le théâtre de confrontations armées d’une rare violence qui ont duré plus de 24h dans deux endroits différents, à la zone d’El Bhira, à l’entrée de la ville, sur la route de Tunis et dans la cité d’Echraf, sur la route de la plage. Le groupe armé, dont le nombre est estimé à plusieurs dizaines, équipé de kalachnikovs, de grenades et de fusils d’assaut semble avoir été bien entraîné. Il aurait réquisitionné des habitations en prenant à deux reprises des familles entières en otage. Un jeune Solimanais de 23 ans, Rabii El Bacha aurait, d’après les habitants, organisé les opérations. Il a été tué pendant la fusillade, toute sa famille arrêtée et son domicile démoli. Devant cette situation gravissime, la gendarmerie a dû appeler en renfort les militaires qui sont intervenus avec, notamment, des armes lourdes.
Des informations recueillies auprès des Solimanais, font état d’une vingtaine de morts et d’une quinzaine d’arrestations dans les rangs du groupe armé. Quant aux pertes du côté des services de sécurité, et sans pouvoir donner des chiffres précis, elles seraient également lourdes puisque tous les hôpitaux des villes voisines de Menzel Bouzelfa, Beni Khalled et Grombalia ont été réquisitionnés pour recevoir victimes et blessés.
Des caches d’armes en tout genre auraient été découvertes notamment dans des maisons inoccupées à Soliman-Plage et dans une bourgade à 7 Km de la ville appelée El Mrissa, sur la route de la station thermale de Korbous.
Plusieurs témoins affirment que des individus armés se sont retranchés dans des fermes éloignées à la sortie de la ville et que rien n’est encore fini puisque le samedi 06 janvier au soir, des coups de feu ont été entendus à Soliman et dans El Mrissa. Différentes sources médiatiques indépendantes, politiques ou associatives s’accordent à dire que ce groupe armé appartiendrait à des Salafistes Jihadistes appelés « la prédication et le combat ». Le groupe de Soliman serait constitué essentiellement de Tunisiens avec une probable participation extérieure.
La Tunisie vit depuis lors un véritable état de siège avec l’instauration de check points et de barrages routiers dans tout le pays notamment au Cap Bon et dans le Sud, des rafles et des arrestations en masse dans plusieurs villes et villages, dans des quartiers populaires et devant les différentes mosquées.
Ces évènements, qui marquent une nouvelle étape dans la vie du pays, sont en réalité redoutés de longue date tant l’étouffement total de la société tunisienne et la politique de désertification politique, associative et culturelle peuvent mener au désespoir et à la désillusion, notamment des jeunes. L’opposition politique et le mouvement associatif autonome n’ont cessé de prévenir les autorités quant aux conséquences néfastes que peut engendrer la répression sauvage qui s’abat depuis des années sur toutes les forces démocratiques, pacifistes et réformatrices du pays. Notre Comité a constamment mis en garde le pouvoir despotique contre les dangers et risques imprévisibles auxquels conduisent la répression aveugle et la faillite plus que jamais avérée, du tout sécuritaire.
Face à cet affrontement armé sans précédent que vient de connaître la Tunisie, le CRLDHT tient à condamner de la manière la plus ferme le groupe armé dont il s’agit, et ce quels que soient ses références idéologiques ou objectifs politiques.
Il tient en même temps à rappeler que le régime despotique tout autant que ses propagandistes véreux, sont malvenus d’exercer leur surenchère et autre chantage pratiqué à l’endroit des organisations autonomes de défense des droits humains et de l’opposition démocratique.
Des questions demeurent toutefois sans réponses : pourquoi ce black-out total sur l’information ? Quel est le nombre exact de ces « criminels »? Quel est le nombre des tués, des blessés et des arrêtés ? Comment toutes ces armes ont-elles pu traverser les frontières ? …
Le CRLDHT exprime ses craintes quant au risque d’atteintes aux libertés individuelles et à l’intégrité physique qui accompagnent les arrestations massives qui ont touché des centaines de jeunes dans les différentes régions du pays.
Le CRLDHT appelle les Tunisiens à une grande vigilance afin de faire valoir leur droit à connaître la vérité, toute la vérité et de mettre fin à cette politique d’infantilisation de tout un peuple marginalisé et privé de la liberté de savoir comme de décider de son sort.
Le C.R.L.D.H.T reste persuadé que le despotisme enfante le désespoir qui, à son tour, engendre les violences et que la conjoncture actuelle rend d’autant plus urgent et légitime notre combat pour les réformes démocratiques en Tunisie.
Paris, le 9/01/2007
Publicité