Sommet mondial de l’information à Tunis, capitale de la répression

Publié le par kurt cobain

Tout est parti de Genève, du 10 au 12 du mois de décembre 2003, durant la première phase du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), lorsque la communauté internationale décida de faire un cadeau de Noël à l’homme fort de Tunis, le général Ben Ali, en désignant son pays comme hôte du 2e Sommet qui devait se tenir en 2005, du 16 au 18 novembre. Loin de profiter de cet événement pour redorer son blason, le « bourreau des Tunisiens », comme l’appelle le petit peuple, s’en est servi pour montrer au grand jour l’insolente brutalité de son régime policier.
A la veille de l’ouverture du Sommet, la cause était entendue : un journaliste français, Christophe Baltanoki, passé à tabac, une équipe de la télévision belge agressée, la chaîne francophone internationale TV5 rebutée, des militants tunisiens des droits de l’homme empêchés, manu militari, d’assister à un forum au Centre culturel allemand de Tunis... Du coup, le SMSI qui devait se consacrer essentiellement à la «fracture numérique » entre le Nord et le Sud a également donné lieu à l’instauration d’une sorte de « Commission des droits de l’homme » sur la situation en Tunisie.
En Suisse, des voix se sont élevées pour dénoncer le non-respect des droits de l’homme dans ce pays. Le maire de Genève, Manuel Tornare, a été le plus critique vis-à-vis du régime de Ben Ali. Il n’en fallait pas tant aux différents mouvements de l’opposition tunisienne en Suisse pour monter au créneau, profitant au passage de la formidable couverture médiatique suscitée par le Sommet de Tunis. L’association Ez-Zeitouna s’est ainsi installée dans l’une des salles de la Maison des Associations, à Genève, avec une dizaine de grévistes de la faim. Ez-Zeitouna entendait faire pression et attirer l’attention de l’opinion publique internationale pendant la durée du Sommet de Tunis. Son président, Larbi Guesmi, que nous avons rencontré à cette occasion, a décliné leurs revendications en quatre points : libération de tous les prisonniers politiques, amnistie générale pour tous les dissidents du régime, liberté d’expression et liberté d’association et d’action politique.
«Il s’agit d’un mouvement de fond qui secoue aujourd’hui toute la Tunisie», expliquait pour sa part Mohamed Ben Henda, de la librairie genevoise Al-Diwan et militant tunisien des droits de l’homme. «C’est un mouvement de solidarité populaire qui a commencé le 18 octobre avec la grève de la faim observée par des comités régionaux de soutien dans tout le pays, à Gafsa, à Momastir et à Bizerte notamment ». Pour ce militant, la participation de Genève au sommet de Tunis n’est utile que sous le signe d’un soutien au mouvement de démocratisation de ce pays. « Je tiens à préciser que la grève de la faim arrive à son épilogue et que le SMSI prend fin. La brèche est ouverte. Il s’agit à présent, pour les Tunisiens et surtout pour les observateurs étrangers, de démystifier le soi-disant miracle économique qui devient une idéologie pour tout dictateur qui veut se maintenir au pouvoir. D’ailleurs dans le cas de la Tunisie, il n’y a même pas de miracle économique avec 30% de la population active au chômage ».
Comme on le voit, le SMSI a aussi servi à informer l’opinion publique internationale sur les méthodes musclées de Ben Ali dans un pays où la population, notamment les nombreux prisonniers politiques, subissent des vexations dégradantes.
Signalons enfin qu’en marge de l’événement officiel, des ONG, notamment celles qui n’ont pas été accréditées, ont organisé un Sommet citoyen sur la société de l’information (SCSI). Plus de 80 ONG internationales, ainsi que des diplomates de nombreux pays se sont engagés à y assister. Ce sommet s’est tenu dans les locaux du centre culturel allemand à Tunis. La police de Ben Ali a empêché les organisations et membres tunisiens d’y assister.
J. Mbomio Bacheng
(collaboration : Fodil Belhadj)

tunisie source www.tunezine.com

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Publié dans tunisie

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