Tentatives de sabotage du Mouvement du 18-Octobre
Edito de l'Audace janvier 2006
Tentatives de sabotage du Mouvement du 18-Octobre :
Les sycophantes
Une dépêche de l’AFP en date du 4 janvier 2006 nous apprend, comme dans un grand scoop, « la naissance d’une coalition démocratique (sans guillemets) en rupture avec les islamistes. » Cette initiative semble s’inscrire dans une action studieuse et concertée ayant accompagné tardivement et du bout des lèvres le Mouvement du 18-Octobre. Elle est le fait d’une certaine gauche tellement compromise avec le général Ben Ali dans l’édification de sa tortiocratie qu’elle est considérée à juste raison comme un appendice du régime. Les éradicationistes semblent avoir la haute main sur le groupe. Ils semblent ravis de rapporter au général Ben Ali la potion magique qui a fait sa force depuis 1987 : diviser l’opposition tunisienne sous prétexte d’anti-islamisme « démocratique ». Le processus avait commencé avant même la fin de la
grève du 18-Octobre, notamment dans le magazine en ligne Alternatives citoyennes (N° 17 de novembre2005). Nadia Omrane elle-même a cru bon d’attribuer la paternité du mouvement à M. Ghannouchi en personne. Sans la moindre prudence ni le moindre souci de preuve, au moins par une honnêteté intellectuelle à laquelle Mme Omrane semblait attachée. Dans le même numéro, Neila Jrad se perdait en conjecture sur l’attitude actuelle et le sort qui attend la « gauche démocratique » pour aboutir à la conclusion que « ce ne sera certainement pas le projet démocratique tel qu'en rêve l'opposition de gauche qui triomphera…», mais les Américains et leurs alliés islamistes qu’ils auront portés au pouvoir…
On retrouvera donc le même refrain chez Mohamed Harmel et les autres tenants de son affaire. En effet, dans tous leurs les propos à l’AFP, jamais il n’a été question de la torture ni des grands crimes qui ont jalonné les longues années du règne de M. Ben Ali.
M. Harmel, vraisemblablement promoteur du projet, se dit fort curieusement hostile à toute action commune avec les Islamistes. Mais il oublie de préciser que, longtemps avant le 7-novembre, il avait constitué une vraie coalition, au grand jour et sur plusieurs années, avec MM. Rached Ghannouchi, pour le MTI, et Ahmed Ben Salah, pour le MUP. Il n’a pas mentionné non plus qu’il s’était rendu personnellement, accompagné de Mohamed Ennafaâ, autre dirigeant du PCT de l'époque, au domicile de M . Ghannouchi pour le féliciter de sa sortie de prison en 1984. Avant de devenir le sycophante d’un pouvoir auquel il a
l’illusion de participer par le truchement de sa poignée de députés en carton-pâte. C’est d’ailleurs pour conserver ces postes fort lucratifs que Harmel avait refusé de faire alliance avec M. Ben Jaâfar aux élections
d’octobre 2004.
Le seul souci d’Ettajdid durant la grève de la faim a été de trouver le moyen de la dynamiter en collaboration avec Mohamed Kilani, autre recrue tardive de la tortiocratie, toujours mû par les meilleurs intentions de gauche qui soient.
Ces individus ne pouvaient avoir aucun courage pour affronter directement le mouvement du 18-Octobre. Sa dynamique était telle qu’elle les eût balayés sans ménagement. Ils ont donc attendu, couchés au pied de leur maître, que l’effet SMSI retombe pour lui offrir sa vengeance.
Ceux qui marcheront dans cette combine doivent être « conscients que leur alliance avec Ettajdid, un parti dont le crédit s’est considérablement effrité au cours de la dernière décennie pour avoir soutenu la politique de verrouillage des espaces de liberté, constitue un handicap… », selon l’euphémisme de l'excellent journaliste Kamel Labidi (Le Monde diplomatique, octobre 2004. Page 3)
Mais qu’est donc allé faire Mahmoud Ben Romdhane dans cette galère ?
L’ancien président de la section tunisienne d’Amnesty International s’est laissé rabaissé à mettre la main dans la main avec un Harmel qui n’avait rien fait au plus fort de la répression contre la Section. Mais un militant qui semble hésiter dangereusement. C’est ainsi que dans le même numéro d’Alternatives citoyennes, il avait refusé de qualifier le régime actuel de dictature.
D’ailleurs M. Ben Rodhane s’était déjà retrouvé en si charmante compagnie à l’occasion de la « lettre au chef de l’Etat tunisien » publiée sur le site manifeste.org., à propos d’une obscure Charte arabe des droits de l'homme débattu par « le parleme », toujours sans guillemets…
Dans ce texte invraisemblable, où les auteurs prétendaient défendre les acquis de la femme tunisienne, on a donné du « Monsieur le Président » à un Ben Ali qui n’en demandait certainement pas tant. Et encore une fois, le nom de M. Ben Romdhane est noyé dans le magma des Harmel, Kilani et autres serviteurs de fait, zélés, inconscients ou intéressés du régime.
La société civile tunisienne, avec toute l’expérience qu’elle a accumulée durant ces années de braise est-elle capable de se remettre les chaînes aux pieds aussitôt après s’en être (presque) affranchie ? La réponse viendra de la suite ferme et énergique qui devra être donnée par l’opposition à la manœuvre du tortiocrate Mohamed Harmel. Si l'action désespérée de ces individus réussit à rallumer la sempiternelle guerre entre les grands courants anti-Ben Ali, la lutte des Tunisiens pour leur liberté prendra des années de retard, d'où la nécessité de contrecarrer cette entreprise par davantage de rapprochement et de concorde, à l'intérieur et à l'extérieur du pays, entre tous les courants et les militants qui oeuvrent pour l'émancipation du peuple tunisien. Les tenants de l'isolationnisme et du tout ou rien; ainsi que les faux opposants, doivent être dénoncés à l'opinion publique et laissés dans la marge qu'ils auront choisi d'occuper. C'est un devoir national et une nécessité politique pour éviter le sombre dessein imaginé par Neila Jrad et les Cassandre de cette gauche qui s'acharne à précipiter la gauche tunisienne militante dans un précipice de collaboration et d'infamie.
Khaled Beb M'barek & Slim Bagga
tunisie source www.tunisnews.net
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