SILENCE, ON REPRIME !
Le pouvoir policier tunisien poursuit une campagne répressive sans précédent et dans tous les azimuts afin de faire taire les aspirations et les revendications légitimes des différentes sensibilités politiques, associatives, sociales ou professionnelles, franchissant de nouveau pas vers la tyrannie et la persécution. La menace d’anéantissement qui plane sur la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme, une des plus prestigieuses organisations tunisiennes, ou la politique d’étouffement et de marginalisation exercée à l’encontre des juges et avocats, mais aussi des journalistes, des opposants politiques, des syndicalistes et des étudiants est un exemple évident de la nature dictatoriale de ce pouvoir !
En effet, la ligue tunisienne des Droits de l’Homme ( LTDH) est depuis des années une des cibles privilégiées de Ben Ali. Les procès judiciaires se comptent en plusieurs dizaines et la situation de cette institution ne cesse de s’aggraver puisque, en plus de l’annulation au mois de septembre 2005 de son 6ème congrès, toute activité publique réalisée par le comité directeur ou ses multiples sections est paralysée, leurs différents locaux, y compris le siège sont interdits et les militants et dirigeants sont privés des moindres déplacements ! Pire, depuis la décision du conseil national de la ligue d’organiser son congrès les 27 et 28 mai prochain, les agressions physiques et verbales sont quotidiennes et même les réunions internes sont interdites.
Le sort réservé aux juges et avocats n’est pas meilleur. Au coup de force pratiqué depuis peu contre la direction légitime de l’association des magistrats, jugée trop indépendante, s’ajoute une énième offensive contre les avocats et leurs structures représentatives et notamment l’ordre national des avocats. Cette nouvelle crise a éclaté à propos d’un projet de loi portant création d’un Institut de formation des avocats qui devait être préparé dans le cadre d’une commission mixte associant le Conseil de l’ordre des Avocats et le ministère de la Justice. Les avocats ont été surpris par l’annonce le 8 mai de la présentation devant la Chambre des députés d’un projet de loi, préparé unilatéralement par le ministre de la Justice, à l’opposé des propositions faites par les Avocats. Ce projet, conçu pour être géré et contrôlé par les autorités publiques - ce que contestent les avocats - a été adopté par la chambre des députés le mardi 09 mai dernier en l’absence du Bâtonnier et des structures élues du Barreau qui ont émis la volonté de prendre part aux discussions et tenté de prendre contact avec le Ministère de la Justice en vue de signifier la protestation des avocats à l’encontre de ce projet de loi, mais en vain. Depuis, plusieurs avocats ont été victimes d’agressions physiques et verbales dont notamment Mr Abderrazak Kilani, membre du conseil de l’ordre et Mr Ayachi Hammami, membre du Collectif 18 octobre pour les droits et les libertés. Le Conseil de l’ordre a alors décidé le jour même d’organiser un sit-in dans la maison du Barreau en signe de protestation et de lancer un mouvement de protestation (mobilisation dans toutes les Cours d’Appel du Pays ; journée de protestation nationale au Palais de Justice de Tunis le 23/05/2006 ; Boycott des Commissions d’office et de l’aide juridictionnelle ; plaintes au nom des avocats victimes d’agressions policières).
Cette nouvelle escalade de violence exercée à l’encontre des avocats s’applique à toute une société civile, paralysée par un impressionnant arsenal répressif afin d’interdire la moindre activité, publique soit-elle ou même privée !
Dans ces conditions de répression sans précédent, le collectif 18 octobre de Paris s’indigne quant à l’élection de la Tunisie au conseil des droits de l’homme par l’Assemblée générale de l’ONU, un geste qui tourne le dos aux aspirations légitimes du peuple tunisien aux droits et libertés fondamentaux.
Le collectif 18 octobre de Paris salue le combat de toutes ces femmes et tous ces hommes, là où ils sont, qui honorent la Tunisie et leurs exprime son engagement total à leurs côtés jusqu’au rétablissement de nos droits et de notre dignité.
Dénonce avec la plus grande vigueur ces attaques répétées contre la LTDH, le Barreau, les juges, les opposants politiques, les journalistes...et l’usage systématique de la violence à l’encontre des différents acteurs de la société.
S’élève contre cette état de siège non déclarée que vit le pays et appelle à une campagne de solidarité internationale avec les différents défenseurs tunisiens.
Le : 13/05/2006
Collectif 18 Octobre Pour Les Droits et les Libertés Paris