Les droits de l’Homme vedettes du Sommet de Tunis

Publié le par kurt cobain


Pressions sur la société civile tunisienne, intimidations envers les journalistes étrangers, le régime Ben Ali, qui n’avait pourtant pas lésiné sur les moyens pour faire de la deuxième phase du Sommet mondial de la société de l’information (SMSI) un grand succès, a définitivement manqué son objectif. Car ce que l’on retiendra en effet de la rencontre de Tunis, ce ne sont que les violations des droits de l’Homme et le combat mené par une poignée d’opposants pour la liberté d’expression et d’association dans un pays muselé et soumis à une étroite surveillance policière.

De notre envoyée spéciale à Tunis

L'avocat Ayachi Hammami en compagnie des grèvistes de la faim.
(Photo: Mounia Daoudi/RFI)
Les sept grévistes de la faim retranchés depuis le 18 octobre dans le cabinet de l’un d’eux, l’avocat Ayachi Hammami, ont mis un terme vendredi à leur mouvement, un mois jour pour jour après avoir cessé de s’alimenter. Pour rompre leur jeûne, ils ont mangé une datte, offerte par la prix Nobel de la paix, Shirin Ebadi, qui représentait la société civile à la cérémonie d’ouverture du Sommet de Tunis. L’avocate iranienne les avait, la veille, exhortés d’arrêter leur grève. «Votre santé est indispensable pour que vous puissiez reprendre votre combat», leur avait-elle dit. Un conseiller de Kofi Annan, leur avait faire parvenir le même message du secrétaire général des Nations unies qui, dans son discours devant les représentants au SMSI des quelque 170 pays, avait affirmé qu’«une société de l’information sans liberté d’expression était impensable».

 Si aucune de leurs revendications –libération des prisonniers politiques, liberté d’association et d’expression– n’a été satisfaites, les sept grévistes de la faim ont estimé avoir atteint l’un de leurs objectifs essentiels, informer le monde sur l’importance de la répression qui frappe la Tunisie. Le régime Ben Ali, estiment-ils aujourd’hui, a montré son vrai visage et la communauté internationale ne peut plus prétendre ne pas savoir ce qui se passe dans ce pays. Et ce message n’a pas pu ne pas être entendu, même si les condamnations des méthodes du pouvoir tunisien ont été très rares. A la surprise générale, les Etats-Unis, qui soutiennent pourtant depuis toujours le régime Ben Ali sous le prétexte qu’il lutte contre le terrorisme, n’ont pas pu caché leur réprobation. Dans un communiqué distribué à la presse, la délégation américaine auprès du SMSI s’est ainsi déclarée «déçue de voir que le gouvernement tunisien n'a pas tiré profit de cette importante manifestation pour démontrer son engagement en faveur de la liberté d'expression et d'association en Tunisie».

Un Engagement de Tunis sur la liberté d’expression

On pouvait difficilement, il est vrai, s’attendre à moins. Les observateurs de la scène politique tunisienne, qui tablaient sur un relâchement des autorités à l’approche du Sommet, n’ont pu que constater que la pression, au contraire, n’a cessé de s’accentuer sur les opposants tunisiens. La tension est encore montée d’un cran, quelques jours avant le début des débats, avec l'agression d'un journaliste français, Christophe Boltanski du quotidien Libération, venu enquêter sur les droits de l'Homme en Tunisie. Une équipe de la télévision belge RTBF a ensuite été malmenée, une partie de son matériel confisqué, et ce n’est que le dernier jour que les envoyés spéciaux de la chaîne qatarienne al-Jazira ont obtenu l’autorisation de tourner en dehors de l’enceinte du Sommet. Plusieurs journalistes ont également été intimidés, empêchés par exemple de se rendre dans les lieux où l’opposition tentait de se réunir. Enfin le secrétaire général de l’association Reporters sans frontières, Robert Ménard, déclaré persona non grata n’a même pas pu sortir de son avion avant d’être refoulé.

Un Sommet citoyen de la société de l'information (SCSI), qui devait donner la parole à des associations tunisiennes n’ayant pas reçu l'autorisation de participer au SMSI, a également été annulé sous la pression des autorités. Les organisateurs de ce «contre-sommet», une soixantaine d’ONG internationales comme Human Rights Watch ou encore Iris –Imaginons un réseau Internet solidaire–, n’ont jamais pu trouver une salle où tenir leurs assises. Ils ont tous subi les pressions et l’étroite surveillance de policiers en civil, même si une brève rencontre, tolérée par le pouvoir, a toutefois pu avoir lieu au siège de la Ligue tunisienne des droits de l’Homme. L’occasion pour la société civile tunisienne de faire entendre sa voix et dénoncer les exactions du régime.

Comble de l’ironie, les 176 pays représentés au SMSI ont adopté vendredi soir l’«Engagement de Tunis», qui se réfère à la Déclaration universelle des droits de l'Homme, pour souligner la nécessité de respecter la liberté d'expression et la libre circulation des informations sur la Toile. Dans un pays où la répression des cyberdissidents n’a d’égale que celle exercée en Chine, ce texte a de quoi laisser dubitatif. On estime à près de deux cents le nombre d’internautes emprisonnés en Tunisie pour avoir navigué sur des sites critiques sur le régime.


Mounia Daoudi
Article publié le 19/11/2005
Dernière mise à jour le 20/11/2005 à 10:37 (heure de Paris)
tunisie source http://www.rfi.fr/actufr/articles/071/article_39918.asp
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Publié dans tunisie

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