«Aucun progrès constaté» pour les droits de l'homme au SMSI
«Aucun progrès constaté» pour les droits de l'homme au SMSI
Présidente de l'association IRIS («Imaginons un réseau Internet solidaire», Meryem Marzouki est co-responsable du caucus des droits de l'homme formé par une centaine d'ONG au SMSI.
par Christophe ALIX
LIBERATION.FR : samedi 19 novembre 2005 - 14:09
Tunis, envoyé spécial
Présidente de l'association IRIS («Imaginons un réseau Internet solidaire», Meryem Marzouki est co-responsable du caucus des droits de l'homme formé par une centaine d'ONG au SMSI. Française et tunisienne, elle a tenté d'organiser un contre sommet citoyen à Tunis, empêché par les autorités. A l'heure où le SMSI va fermer ses portes, elle craint un durcissement de la répression des droits de l'homme en Tunisie. Interview.
Quel bilan faites-vous de ce sommet de Tunis?
Nous disons plus jamais ça. Plus jamais un sommet organisé dans ces conditions avec toutes ces violations de la liberté d'expression, à l'intérieur et en dehors de l'enceinte du SMSI. Plus jamais l'acceptation par les Nations Unies d'organiser une manifestation de cette importance dans un pays qui ne respecte pas les droits de l'homme et la liberté d'expression.
En même temps, le SMSI a été l'occasion d'un éclairage sans précédent sur la Tunisie...
Il est vrai que la présence de ce sommet à Tunis aura été utile pour faire connaître au monde la situation dans le pays. Ces trois jours et ceux qui les ont précédés auront donné lieu à une censure sans précédent, avec des blocages de sites web, des ONG empêchées d'accès au sommet comme Human rights China, sous la pression de Pekin, des discours de chefs d'Etat dans une enceinte des Nations Unies coupés à la télévision comme lorsque le président suisse Schmid a critiqué la situation des droits de l'homme dans le pays, etc. Ces trois jours de novembre ont constitué un point de non retour. On aurait pu penser que le régime allait relâcher la pression durant le sommet mais cela a été le contraire. Et j'ai peur, maintenant que cette exposition tunisienne va retomber, que certains comme les grévistes de la faim qui ont gâché la fête de Ben Ali, fassent les frais d'un nouveau durcissement du régime.
Quel a été l'accueil des ONG représentantes de la société civile, habitués à être présents au sein des sommets de l'ONU?
Même en Chine, en 1995, à l'occasion du sommet des femmes à Pekin, un contre sommet avait pu être organisé. Mais dix ans après, à Tunis, cela s'est révélé impossible, tous les lieux contactés pour l'héberger s'étant désisté les uns après les autres pour travaux sur la pression du pouvoir. En revanche, de nombreuses OVG, ces organisations vraiment gouvernementales ont obtenu leur accréditation alors qu'elles n'avaient rien à faire au sommet. Ces OVG n'avaient rien à faire au SMSI et n'ont cessé de troubler le travail des groupes de la société civile, spécialement du caucus des droits de l'homme. Elles ont monopolisé la parole dans les débats et empêché toutes discussions sérieuses sur les enjeux de la société de l'information.
Comment limiter leur présence?
Nous demandons à l'ONU de mettre en place des garanties de procédure pour mettre fin à ce régime de l'arbitraire qui permet d'accréditer n'importe quel groupe d'hommes de main. Il y a une vraie légitimité dans les enceintes de l'ONU et nous saluons la volonté de Kofi Annan d'adopter une politique plus ouverte vis-à-vis de la société civile mais ces efforts resteront lettre morte tant que ce seront les seuls gouvernements qui pourront décider de l'accréditation des entités de la société civile.
Avez-vous noté des avancées lors de ce sommet?
Nous n'avions pas réussi à Genève, en 2003, à ce qu'un mécanisme soit prévu pour la mise en œuvre concrète du respect des droits de l'homme dans la société de l'information. Deux années plus tard, aucun progrès n'a pu être constaté de ce point de vue. Notre demande de mise en place d'une commission indépendante, à l'échelle de l'ONU, pour contrôler la liberté d'expression et les droits de l'homme sur l'Internet, reprise par la prix Nobel de la paix Shirin Ebadi lors de la cérémonie d'ouverture du SMSI n'a pas été suivie d'effet.
On a eu l'impression, lors de ce sommet, que les pays du sud étaient venus pour parler fracture numérique et gouvernance de l'Internet tandis que les pays occidentaux, sous la pression des médias et des ONG, ont été contraints de mettre la question de la liberté au premier plan. N'est-ce pas une opposition stérile?
L'Internet n'est pas qu'une affaire de tuyaux. Ce qui nous intéresse surtout c'est ce qui circule dans les tuyaux. Le gouvernement tunisien pour ne prendre que cet exemple ose encore opposer la question du développement à travers les technologies de l'information à celle des libertés et de la démocratie. Les acteurs de la société civile regroupés au sein du caucus des droits de l'homme considèrent que l'on ne peut pas séparer dans les droits de l'homme ce qui relève des droits économiques et sociaux et les droits civils et politiques. Il ne peut y avoir de développement sans démocratie de même qu'il ne saurait y avoir de démocratie sans développement.
tunisie source http://www.liberation.fr/page.php?Article=339708