Après le SMSI, Hélène Flautre: « les autorités tunisiennes ont sapé des années de camouflage de la réalité policière du régime »

Publié le par kurt cobain

Après le SMSI, Hélène Flautre: « les autorités tunisiennes ont sapé des années de camouflage de la réalité policière du régime »
Sihem Bensedrine
21 décembre 2005

Hélène Flautre,Présidente de la Sous-commission des droits de l’Homme du Parlement européen répond aux questions de Kalima.

Quelle évaluation vous faites de ce sommet sur la société de l'information?

Les nombreuses violations qui ont entouré ce Sommet ont presque fait oublier les conclusions finales plutôt encourageantes. Ainsi, alors même que la liberté d’expression et de communication étaient au cœur des enjeux, l'ensemble des messageries et des téléphones des personnalités de la société civile tunisienne étaient coupés.
Bien d'autres violations inadmissibles et entraves par la force à la liberté d'expression et de rassemblement pacifique ont également été observées. La plus flagrante a probablement été la censure en direct du Président de la Confédération Suisse, pays co-organisateur du SMSI, pendant la plénière.
En agissant de la sorte, les autorités tunisiennes ont sapé des années de camouflage de la réalité policière du régime et même les alliés les plus complaisants, comme la France, sont obligés de marquer leur agacement profond !

Il y a eu de graves violations autour et dans ce sommet, envisagez-vous, en tant que responsable de la SCDDH du Parlement européen, des réactions à ce qui s'est passé à Tunis?

Oui, bien-sûr. Nous avons d'ailleurs déjà réagi aux violations commises pendant le Sommet.
Plusieurs initiatives ont été prises. J'ai pour ma part publié un communiqué, le 15 novembre 2005, dénonçant ces violations et demandant une réunion d'urgence du Conseil d'association, organe habilité à examiner les suites à donner à la violation de l'Accord d'association qui lie l'UE et la Tunisie. Je me suis également rendue en Tunisie, les 17 et 18 novembre 2005, afin de rejoindre la délégation ad hoc du Parlement européen et de soutenir la société civile, empêchée de tenir le Sommet Citoyen.
Le Président du Parlement européen s’est également prononcé publiquement sur ces évènements. Il y a eu une déclaration en plénière, le 16 novembre 2005, par le Vice-président du PE puis un communiqué du Président Borrell, le 18 novembre 2005.
Enfin, le Parlement européen a inscrit à l'ordre du jour de sa plénière en décembre un débat sur «les violations des droits de l'Homme observées en Tunisie dans le cadre du SMSI». Il sera précédé d’une déclaration de la Commission et du Conseil. Nous organiserons à cette occasion une conférence réunissant de nombreuses personnalités tunisiennes.

Le sommet de Barcelone vient de se tenir ce 28 novembre, dix ans après les accords quel avenir peut-on envisager pour le partenariat euromediterranéen avec l'absence des chefs d'Etats du Maghreb et de l'Egypte et ce partenariat à sens unique est-il envisageable ?

L'absence de représentation de haut niveau des pays méditerranéens est un signal très inquiétant pour l'avenir du Processus de Barcelone. Il met en évidence la nécessité de transformer le Processus en un réel partenariat, basé sur une volonté politique commune et construit dans un esprit de réciprocité.
Il est cependant important que les Etats membres de l'UE cherchent à comprendre les raisons qui ont poussé les chefs d'Etats et de gouvernement du Sud à snober ce Sommet. Pour la Tunisie, par exemple, il semblerait que le Président Ben Ali n'ait pas souhaité se retrouver mis en minorité face aux représentants de l'UE, mécontents du déroulement du Sommet Mondial sur la Société de l'Information. Pour les autres pays, cela ne semble pas aussi évident. Le conflit irakien ne peut pas tout expliquer.

Il est temps que l'UE reconsidère sa vision du Processus de Barcelone. Les questions de la lutte contre le terrorisme et l'immigration illégale, nous le savons, constituaient deux sujets majeurs de ce sommet. Bien qu'il s'agisse là de thématiques importantes pour l'ensemble des partenaires de la rive méditerranéenne, le souci de l'Union Européenne est surtout de sécuriser avant tout ses propres frontières. Et, pour y parvenir, l'UE n'hésite pas à manier le double langage: d'un côté elle négocie des objectifs sur la démocratie et les droits de l'Homme, et de l'autre elle n'hésite pas à faire jouer à ses partenaires du Sud un rôle sécuritaire qui ne peut que les pousser à violer les droits de l'Homme. L'on peut donc, en ce sens, comprendre que certains de nos partenaires du Sud réclament plus de réciprocité dans le cadre du processus de Barcelone.

tunisie source www.kalimatunisie.com/article.php?id=111
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